La Langue Amoureuse n°7, Mars 2008

L’âme de la poésie s’est évanouie quelque part sur une départementale entre Ableiges, Châteaudun et Villiers le Bel, au passage des phares d’une voiture balai qui avait perdu les échappés, la caravane et même la queue du dragon. Quand les secours des grands hommes se rendirent sur les lieux, des badauds descendus des bois et des hameaux avoisinants de la Terre étaient déjà là autour de quelques fantassins de lumière qui avaient fait le voyage de Jupiter et qui prodiguaient les premiers soins. La poésie était détachée sans vie, les membres fémissants de son corps géant dans le fossé tandis que son âme gisait sur le bitume sans connaissance, ni consience et personne ne la remarquait plus. La poésie recevait un massage cardiaque des mains d’un fantassin qui posait sur sa bouche un tendre baiser de temps à autre quand l’air lui manquait. C’est que le cœur de la Poésie battait toujours mais celui du monde menaçait de s’arrêter. Quand l’âme de la Poésie fut piétinée par un cerf égaré là au milieu de la foule, de plus en plus préoccuppante cette foule… Le cerf émit un brâme long et guttural qui les plongea tous dans une rêverie où ils se voyaient danser allègrement dans les prés comme un festin de blés mûrs qu’observerait un troupeau de sangliers. Alors la Poésie reprit sa bicyclette sur un aire de la Rose Pourpre du Caire.

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La Langue Amoureuse n° 7

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