Ce n’est qu’après un certain temps que les choses dites ou entendues prennent une consistance toute semblable à une chose telle qu’un objet de la vie courante. Une chanson peut cependant réussir à les retransformer de nouveau en ces éléments subtils que la conscience aime temps, ces mots et ces idées si fuyantes si glissantes si frêles qu’elle peut jouer avec. Parfois cependant une chanson ou un poème a fortiori n’y peut rien l’objet né du mot est là comme un caillou au fond d’un puits, inamovible. La rivière de la pensée s’est tue. Quand la source aura repris ses droits elle saura irriguer naturellement sans le secours de l’homme ou de la femme avec son sceau et son huile de coude les champs et les nappes fréatiques invisibles qui abondent sous cette terre où pousse toutes nos phrases. Prenez garde cependant à ce que vous direz en passant près de cette source car il se pourrait bien qu’elle vous entende… Alors toute la vallée sera au courant de votre connerie sans nom.
Aymeric