L’homme approximatif de Tzara est resté libre des questions d’académicien quant à l’usage dont on pourrait faire de cette oeuvre dans les livres d’école. Il en est de même de la quasi-totalité des oeuvres des plasticiens et compositeurs Dada. Le mouvement le plus prolifique du XXème s’est éclipsé devant des mouvements qui se sont nourri des archaïsmes de Dada. Par archaïsme, j’entends cette intuition anthropologique que les émotions de l’homme sont restées intactes depuis la nuit des temps: la vie sociale, la raison, l’idéologie les ont dénaturés, mais il nous arrive parfois de ressentir une vive émotion pour quelque chose ou quelqu’un et cela est le signe de la pureté, d’une émotion amoureuse ou esthétique, d’une idée qui se passe de tous les outils mécaniques ou intellectuels que l’homme a conçu depuis. Dada est quelque chose de cette sorte, une émotion que nous éprouvons et dont la cause n’a pas été cartographiée ni altérée par les sciences et l’inventivité. En cela Dada est aux antipodes de la Renaissance s’il fallait faire un tableau conceptuel des Arts dans l’histoire, et plus proche des peintres des grottes de Lascaux. Dada a succédé à la première guerre mondiale dont on se rappelle le carnage et l’ignoble combat dans les tranchées boueuses, minées, gazées par les nations éveillées et avancées du monde d’alors. Que faire d’autre que du Dada quand l’entreprise de vieux frileux et fous n’a mené qu’à la destruction d’une génération, d’une jeunesse qui aurait aimé vivre? Dada voulait se réapproprier l’émotion et l’idée qui l’accompagne toujours dans sa qualité originelle, avant tout concept. La Renaissance voulait susciter l’émotion esthétique qui avait été obscurci au point de disparaître dans les tourments des hommes et la Peste. Dada cherchait une émotion qui ne devait être ni révélatrice, ni pâmoison, ni explicable, une émotion non pas esthétique mais cette sorte d’étonnement précurseur de tout miracle, que l’homme avait perdu en l’enfouissant sous des tonnes de savoirs biaisés et de bombes tombant bien droit. Tout au contraire, la Renaissance fut une période marquée par une relative accalmie qui a permis à la fleur des Arts et des Sciences d’éclore, partout où des jardiniers étaient restés à l’œuvre dans le chaos. La Renaissance voulait libérer l’homme de sa souffrance pour lui permettre de contempler la beauté qui semblait lui être interdite sur cette Terre de labeur, de souffrance, de maladie, d’oppression. Dada a rendu toute sa place esthétique aux aléas et aux divagations, au pouvoir artistique du non-génie, de celui qui est attentif aux frissons et aux faibles lueurs qui pulsent du courant alternatif de la nuit moderne. Dada confie aux hommes l’Art d’être éternellement un homme de l’ici, du maintenant mais surtout pas comme l’homme d’à côté. Enfin, l’homme Dada tire toutes les questions classiques à pile ou face, se fout du vouloir moderne pour se consacrer uniquement à devenir.
CUMULUS
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