Un cube

Elle était là dans une fracture sonore
Le silence des herbes errantes couvrait ses angles

Au matin elle suintait de toutes ses pores un jus d’engin gras et poisseux
que la lumière mécanique convertissait à partir de néant
En gouttes de rosée
Où se reflétaient le monde

Abandonnée depuis des siècles par les créateurs de cette nature
Elle pourrissait lentement comme toute chose artificielle, chose qu’elle dit être réelle
A son procès

L’homme, l’esprit et l’art s’étaient affranchis des images technologiques
Un jour après une nuit d’amour avec une femme morte depuis des années
et des paroles fantômes qu’on eut dit du moyen-âge avaient été prononcées sur cette vie et le reste

La disparue et tous ses codes
Une fois découverte
il n’en resta rien qu’un Cube recouvert par l’abîme sculptural.

Cher Tyran

C’est avant le lever du soleil qu’on pêche les plus braves
Au Tchad ou à Paris, le matin on rafle.
Dans un foyer de jeunes travailleurs qui ont tout quitté
leur famille leur pays leur amour pour tenter leur vie à Paris.
A N’djamena où patrouillait les chars et l’armée de notre cher tyran
C’est la même rengaine on enlève, on interroge, on inculpe sans preuves
Que la colère enfle.
On torture, on enferme, on déporte, on enterre entre deux bretelles d’autoroutes
Dans les foyers, on vit à “la dure”
De façon spartiate encore au XXIème siècle, dans l’ignorance des contemporains
Au mieux on les accusera de voler des femmes et du pain, Au pire de faire des enfants monstres qui brûlent des voitures
et des commissariats, et des bibliothèques – les nouveaux vandales
Mais c’est faux tout ça, eux ils veulent juste écrire pour qu’on les oublie pas et lire pour rassurer
Leur famille, leur pays, leur amour que la chance sourit à Paris
Si seulement ça pouvait être vrai, ils parleraient français.
Si seulement ça pouvait être vrai, ils parleraient français.

Les saisons de la liberté

Un oiseau bécote un arbre chatouilleux
Les hirondelles ronflent sur leurs ailes légères
Frôlant à basse altitude les toits où la musique se repose
Le cri de la buse transperce l’air autour de sa proie
Des piafs se chamaillent autour d’une flaque et de brindilles
Une mésange passe à travers cette pagaille
L’ermite rit des signes de l’orage pur :
La honte ne chasse que les hommes soucieux.

A l’horizon les arbres nus chantent un poème
L’hiver, ce restaurant à cœur ouvert
Où la liberté a chuté en travers de la table
Tandis que sur un parchemin sorti de son écrin de cuir
L’automne rêvait sagement qu’un âne le porte par dessus les cols
Le printemps remplissait son panier d’osier vert
La liberté perdit l’équilibre
L’été oublia les fusillés abattus contre un mur froidement par une dizaine d’hommes
Aucun coupable
Le chapiteau trembla d’une bombe terroriste
On vendait à l’étalage la liberté comme un faisan accroché à un crochet de boucher
La liberté s’évanouit à haute altitude pour devenir Liberté.

Langue Amoureuse n°9

La langue amoureuse fait de la place à un chanteur de rap punk en publiant ses textes. Pour le son et la voix il faudra écouter les bruits de la ville et imaginer une voix naïve.

Devant vous un paysage déconstruit, un grand hangar démonté et entassé en petit tas de ferrailles et de poussière jaune.

Des barrières tout autour, rien. Et puis appuyés sur les murs gris ou en pierre brune, des panneaux de signes, rien. Enfin, ces paroles sans musique, sauf ce bruit de marteau piqueur et de grues qui déchiquetent et des pelleteuses qui traînent de la matière, rien.

Ces paroles entièrement importées d’un passé mis à nu jusqu’à l’os par la violence et l’oubli de la technologie, il n’en reste que ce qui vous est donné de lire.

C’était un bâtiment inutile, n’y pensez plus, cassez-vous, y’a rien à voir, prenez le temps de vous parler, pensez un peu plus tous les jours à quoi, ce que vous voulez, ce qui est là serein, et discret, que vous sentez mais que vous n’osez demandez, quoi. Et bien allez-y vous le savez, quoi.

Dîtes Pureté… d’argot.

la-langue-amoureuse-n9

Aymeric Bruno

Langue Amoureuse Mai 2008 N° 9

La langue amoureuse fait de la place à un chanteur de rap punk en publiant ses textes. Pour le son et la voix il faudra écouter les bruits de la ville et imaginer une voix naïve.

Devant vous un paysage déconstruit, un grand hangar démonté et entassé en petit tas de ferrailles et de poussière jaune.

Des barrières tout autour, rien. Et puis appuyés sur les murs gris ou en pierre brune, des panneaux de signes, rien. Enfin, ces paroles sans musique, sauf ce bruit de marteau piqueur et de grues qui déchiquetent et des pelleteuses qui traînent de la matière, rien.

Ces paroles entièrement importées d’un passé mis à nu jusqu’à l’os par la violence et l’oubli de la technologie, il n’en reste que ce qui vous est donné de lire.

C’était un bâtiment inutile, n’y pensez plus, cassez-vous, y’a rien à voir, prenez le temps de vous parler, pensez un peu plus tous les jours à quoi, ce que vous voulez, ce qui est là serein, et discret, que vous sentez mais que vous n’osez demandez, quoi. Et bien allez-y vous le savez, quoi.

Dîtes Pureté… d’argot.

Langue Amoureuse n°9 en téléchargement libre

Aymeric Bruno

Langue Amoureuse n°8

Mais vous avez peut-être loupé les numéros précédents dans ce cas, n’oubliez pas de les télécharger tous. Rien ne vous empêcherait de prendre La Langue Amoureuse en cours de route, puisqu’elle passe et repasse toujours au même endroit, en suivant son chemin vers tout devant. Derrière le désert, aride de la pensée créatrice de vers noueux et fiers comme un viel arbre dans la gorge d’un rouge-gorge. N’entendez-vous pas l’arbre siffler? C’est l’oiseau qui répond à l’homme qui lui dit que tout va bien, sur terre, il n’y a que des universels, les individus se sont enfuis avec leur mode et leur enfance, leur vieillesse et leur carrière. Mort à l’individu, cette personne qui ne parle que du fond de son ultra-information, ultra-mondiale, carrément en vogue gorge, façon de parler. C’est un puits de mensonges et d’hypocrisie, la gorge de l’individu, tirez-lui la langue, arrachez-lui même, sans plus tarder, l’universel c’est lui, c’est elle, c’est vous, chacun une part d’universel comme ça qui s’en va sur la petite route sillonnant entre les vestiges de la pensée française avec ses grands hommes et ses poètes qu’on voudrait nous faire avaler avec une déclaration des droits de l’homme. Foutaise!
L’homme est partout et il déclare ses droits là où il veut, quand il veut, sur le ton qu’il veut!

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Aymeric Bruno

Langue Amoureuse n°8

Mais vous avez peut-être loupé les numéros précédents dans ce cas, n’oubliez pas de les télécharger tous. Rien ne vous empêcherait de prendre La Langue Amoureuse en cours de route, puisqu’elle passe et repasse toujours au même endroit, en suivant son chemin vers tout devant. Derrière le désert, aride de la pensée créatrice de vers noueux et fiers comme un viel arbre dans la gorge d’un rouge-gorge. N’entendez-vous pas l’arbre siffler? C’est l’oiseau qui répond à l’homme qui lui dit que tout va bien, sur terre, il n’y a que des universels, les individus se sont enfuis avec leur mode et leur enfance, leur vieillesse et leur carrière. Mort à l’individu, cette personne qui ne parle que du fond de son ultra-information, ultra-mondiale, carrément en vogue gorge, façon de parler. C’est un puits de mensonges et d’hypocrisie, la gorge de l’individu, tirez-lui la langue, arrachez-lui même, sans plus tarder, l’universel c’est lui, c’est elle, c’est vous, chacun une part d’universel comme ça qui s’en va sur la petite route sillonnant entre les vestiges de la pensée française avec ses grands hommes et ses poètes qu’on voudrait nous faire avaler avec une déclaration des droits de l’homme. Foutaise!
L’homme est partout et il déclare ses droits là où il veut, quand il veut, sur le ton qu’il veut!
La Langue Amoureuse n°8

Aymeric Bruno